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Из России с любовью / From Russia with love

Saga moscovite

Connaissez-vous l’histoire des deux Français et de la Russe qui habitaient en collocation dans un appartement moscovite ?

 

 

Episode I – La douceur de vivre

 

Tout commence le jour où une jeune Française, Madeleine, fraîchement arrivée à Moscou, débarque dans un appartement où vivent déjà une Russe, Marina ainsi qu’un Français, Michaël.
L’appartement avait rapidement séduit  Madeleine. Situé à Barrikadnaya, au cinquième et dernier étage d’un immeuble, il prend abri au pied de l’une des « sept sœurs de Moscou», ainsi appelle-t-on les sept grandes tours de Moscou, construites à l’initiative de Staline, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La chambre où Madeleine prend ses quartiers est petite mais douillette.

 

Vue de la fenêtre de la cuisine

L’appartement, en bois, a des airs de bania, ces bains publics, rituels incontournables de la vie russe. Il suffit de seulement deux minutes à pieds pour se rendre au métro le plus proche. Une fois dans le métro, il ne suffit que de dix minutes pour être dans le centre même de Moscou. Bref autant de critères qui font de cet appartement un vrai petit bijou car à Moscou, habiter au sein de la première couronne, proche du métro, et pour un coût raisonnable, voilà autant de critères très rarement réunis. Et, cerise sur le gâteau, la vue qu'offre cet appartement est imparable...

Un quatrième collocataire, petit mais non moins imposant, mène aussi sa vie dans l’appartement : un félin, du doux nom de Mars, aussi touffu qu’un maine coon, pourvu de majestueux yeux bleus et pavanant dans l’appartement. Il s’agit du chat de Marina. A trente ans, une femme russe ne peut plus trouver de mari. C’est alors qu’elle opte pour un chat.

 

Tout allait bien au cinquième étage de ce paisible immeuble moscovite, douceur de vivre que venait occasionnellement perturbée les habitués du bar à bière niché au pied de la tour. Rien d’inquiétant.

Parfois quelques petites étincelles crépitent entre Michaël, légèrement maniaque, et Marina, beaucoup plus souple. Michaël avait par exemple importé dans ce microcosme russe la loi du tri des déchets. Un principe totalement saugrenu aux yeux de Marina qui acquiesce toujours aux injonctions de Mickaël pour ne pas attirer le conflit, mais qui en fait ne change jamais rien à ses habitudes de vie. Avec Madeleine, Marina découvre la France, qu’elle chérit particulièrement, la France de Joe Dassin et de Serge Lama, celle de la Côte d’Azur, des mille fromages, des pains au chocolat et des croissants, celle du fameux savoir-vivre à la française, celle des hommes galant et de l’élégance. Bref, cette France-là. Elle analyse Madeleine dans sa manière de vivre, et avec beaucoup d’amusement. Un soir, alors que la Française trempe ses mouillettes dans ses oeufs «  à la coque », Marina pousse un cri de surprise et affiche un regard clairement interloqué devant cette manière si particulière de manger des œufs. Une nouvelle fois elle écarquille ses grands yeux verts en voyant Madeleine ……boire… une bouteille de bière ! … au goulot ! … C’est alors sûrement une autre France qu’elle découvre ce soir-là. Madeleine lui apprend les rudiments du français, elle apprend les rudiments du russe à Madeleine. Quand Michaël rentre le soir, Marina prend un air rabougri, ne supportant pas le caractère de notre colloc français, légèrement imbus de sa personne, très conscient et fier de l’effet de sa nationalité sur les femmes russes, et un soupçon misogyne. Mais bon, la colloc va, bon gré, mal gré, chacunrentrant, sortant et vaquant à ses occupations. On se croise, on papote, on rigole. Ainsi va la vie à Barrikadnaya.

 

Episode II – Un élément perturbateur

 

Un jour, Marina décide d’aller trouver son âme sœur en France, dans la douceur romantique de la Méditerranée. Parmi les nombreux profils proposés par une agence matrimoniale franco-russe, son cœur a flanché pour un quadragénaire très séduisant, non pas tant par son physique que par son portefeuille. Elle fait ses bagages et s’en va guillerette passer une semaine en Italie et une semaine à Nice en bonne compagnie. Entre temps, elle a trouvé sur les réseaux sociaux deux jeunes Russes à qui sous-louer sa chambre, le temps de ses vacances.

C’est alors que débarquent dans la paisible colloc un couple de Russes, Valera pour l’homme, Ksenya pour la femme, âgés de vingt-cinq ans et quelques. Madeleine les accueille, comme il se doit. Etrange accueil où les civilités ne vont que dans un sens, j’entends bien de la Française aux deux Russes mais pas réciproquement. Si bien que cette arrivée prend rapidement des airs de prise massive du territoire. « Amusant », se dit Madeleine qui veut voir ces nouveaux arrivants comme une opportunité, celle de découvrir de nouveaux Russes, quand bien même cette première « rencontre » ait été des plus brèves et des plus froides.

Les jours s’écoulent, le froid se disperse et les beaux jours arrive. Voilà que les deux nouveaux venus se réchauffent eux aussi et commencent à inviter Madeleine à partager leur dîner. Touchée, celle-ci accepte après s’être confondue en remerciements, chose que Valera et Ksenya trouvent très étrange. Et il est vrai que les Russes, tout rustres peuvent-ils être, ont le sens du partage désintéressé, dépourvu d’échange en retour. Après l’invitation au partage du dîner, vient l’invitation au partage de toasts…

Et rapidement on entend en provenance  du dernier étage de l’immeuble, autrefois paisible, des éclats de rire à répétition, des cliquetis de shots trinqués, des exclamations tonitruantes, des toasts portés haut et fort. Bref, la vie prend un nouveau tour. Chaque soir on se retrouve, chaque soir on invite des amis, la vodka coule dans les petits verres et on trinque à l’amitié et à l’amour. Et chaque matin on repart au travail  la mine légèrement de travers mais le cœur rechauffé ! Enfin ce n’est pas exact. Tout le monde ne repart pas au travail. Tous, oui, mais à l’exception de Valera dont la journée évolue au rythme renversant de : dormir –manger –dormir –manger –dormir – manger. Seul le soir apporte pour lui la joie d’une nouvelle activité : boire. « Amusant », se dit Madeleine pour qui cet état végétatif est dû à une période de non emploi provisoire, selon ce que lui a assuré Valera auparavant.

Un soir, Madeleine remplit un petit baluchon et s’en va passer quelques jours chez des amis hors de Moscou. Elle laisse donc sa chambre ouverte et son lit libre. Quelle n’est pas sa surprise quand, à son retour, elle constate que « quelque chose » a changé dans l’aménagement de sa chambre. Elle réfléchit et puis se dit que tout ceci n’est que le fruit de son imagination. Elle n’y fait donc pas attention plus longtemps. Et puis, son regard se pose sur les coussins de son lit-canapé, ou plutôt sur l’absence de ceux-ci. Elle les cherche et les trouve rangés dans le lit de son canapé-lit, chose qu’elle ne fait jamais. « Etrange », se dit-elle. Elle passe donc la tête par la porte de la chambre des deux Russes et demande à Valera, toujours présent et toujours affalé sur son lit, si quelqu’un a dormi dans sa chambre. Réponse négative. Le soir, elle demande à Michaël si quelqu’un a dormi dans sa chambre. Michaël se fige, affiche un petit sourire mystérieux mais ne dit mot. Madeleine perd patience. « Alors ? Tu sais quelque chose ? » Michaël répond que le jour d’avant, en partant au travail, il a entrevu une silhouette de fille dans ma chambre. Selon lui, c’est sûrement une amie de Valera et Ksenya qui a dormi là. Lui faisant confiance et décidée à trouver le fin mot de l’histoire, Madeleine retourne dans la chambre de Valera : « Valera, arrête de me mentir, quelqu’un a dormi là, je le sais. » Chose  qu’une femme étrangère ne doit jamais dire à un homme russe. Valera s’énerve, me répète que personne n’a dormi là. Il est vrai qu’une amie leur a rendu visite la veille, Anastasia, mais elle a dormi avec eux … dans leur chambre … dans leur lit. Par contre, selon Valera, Michaël lui aussi était en charmante compagnie ce soir-là. Alors Madeleine rit. La situation prend des airs de Cluedo. Elle décide de tenir conciliabule dans le couloir et appelle les deux suspects, Valera et Michaël. Michaël ne supporte pas les deux Russes dont Marina ne l’a jamais mis au courant de l’arrivée. La petite guerre entre Michaël et Marina prend alors une nouvelle dimension, beaucoup plus sournoise qu’auparavant. Les deux Russes ne portent pas non plus Michaël dans leur cœur, le trouvant légèrement bizarre, bref Français. La scène est un véritable imbroglio. Qui a fait dormir une devouchka dans mon lit sans m’en parler ? Telle est la question. Et le plus important : quelqu’un ment ! Mais qui ? Mystère difficile à élucider quand les deux partis présents ont des manières de vivre aussi étranges l’une que l’autre et s’accusent réciproquement devant moi. Bref. Un vaudeville franco-russe.

 

Episode III – L’auberge espagnole

 

Le vaudeville ne fait que commencer dans cet appartement autrefois paisible.

Le mois de juillet arrivant, Michaël annonce à Madeleine  son départ en vacances et la sous-location de sa chambre à un nouveau venu pour trois semaine. « Intéressant », se dit Madeleine, « encore un nouvel élément dans la colloc ! »  « Oui il va arriver dans quelques jours normalement, précise Michaël. Il a cinquante ans »... « HA NON ! » réplique Madeleine. Après une conversation pour expliquer doucement à Michaël pourquoi une jeune fille de 25 ans ne souhaite pas vivre à côté d’un homme de 50 ans qu’elle ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, Michaël, peu convaincu mais complaisant, accepte de trouver un nouveau sous-locataire et s’en va en vacances, chargeant Madeleine d’accueillir le nouvel arrivant. Voilà donc Marina en France, Michaël en Chine et Madeleine essayant de gérer la situation.

Arrive le 10 juillet.  Grand jour s’il en est dans l’histoire de l’humanité : anniversaire de la naissance de Madeleine. Pour l’occasion, celle-ci décide d’inviter tous ses amis, Russes et Français, à déguster des chachliks le long de la Moskova, à 40 kilomètres de Moscou. Puisqu’elle est en Russie, autant fêter ça « à la russe ». Valera et Ksenya, généreux, proposent leur aide à Madeleine et tous les trois vont acheter les victuailles. Valera, de ses mains russes, prépare magistralement la fameuse marinade.

Et le 10 juillet, la journée se déroule joyeusement dans un cadre champêtre, ponctuée par une séance baignade dans la Moskova, beaucoup de toasts et … en fin de journée, la défaite de la France en finale de l’Euro 2016. Mais peu importe, la journée a été réussie et il est temps de reprendre le train-train quotidien à Barrikadnaya. On dirait que la douceur de vivre est revenue.

 

 

 

Un beau soir, le sous-locataire de Michaël arrive. A ce moment-là, Madeleine et Valera discutent tranquillement dans la cuisine de l’appartement, la porte s’ouvre et débarquent en deux temps trois mouvements un homme (environ 40 ans), une femme et un enfant. «Hallucinant », pense alors Madeleine qui ne peut prononcer aucun mot et se contente d’observer la scène. L’homme se présente rapidement. Il s’appelle Samir, il est franco-tunisien et vient en Russie en voyage d’affaires pour vendre du champagne. Il ne précise pas si la femme présente est la sienne, ni si l’enfant présent est le sien. Toujours est-il que lorsque je lui demande s’ils entendent tous les trois vivre ici, sa réponse est très claire : « Alors on ne sait pas encore, la plupart du temps ce sera moi, mais aussi la plupart du temps ce sera ma femme, mais on ne sait pas encore, on verra bien comment ça se passe. » Madeleine se contente, devant cette réponse des plus claires, de remplir le service que Michaël lui avait demandé : recevoir des mains de Samir l’argent du loyer et la caution, à savoir 450 euros, pour les donner à Michaël à son retour de vacances. Elle s’empresse de les déposer soigneusement dans le tiroir de son bureau.

Deux jours plus tard, Marina doit rentrer de vacances. La communication n’étant pas un point fort de la relation Marina-Michaël, celle-ci n’a aucune idée du départ en vacances de celui-là et de l’arrivée de ce nouveau colloc franco-tunisien. Quand aux deux jeunes Russes, ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils vont habiter après le retour de Marina. Quant à Madeleine, elle n’a aucune idée de la tournure que les choses vont prendre. « Suspens… », pense Madeleine. C’est le week end. Marina rentre de vacances, le soleil de la Croisette plein les yeux ! Soleil que la nouvelle de la présence d’un franco-tunisien de 40 ans s’empresse de chasser rapidement. Madeleine quant à elle a prévu de partir en week end chez des amis. C’est alors que, sautant sur cette belle opportunité, Ksenya lui demande si, pendant le week end, elle et son homme peuvent dormir dans sa chambre en attendant de trouver un autre plan. Marina vient de rentrer, ils n’ont pas d’autre endroit où aller dans l’immédiat. Alors Madeleine acquiesce, mais pas de gaieté de cœur. Si ça peut les dépanner … Le samedi matin, en partant à la gare prendre son train, Madeleine tombe nez à nez dans le hall d’entrée avec une grande brune qui sort de la chambre de Michaël/Samir. « Etonnant ! Combien de femmes a donc cet homme-là », ne peut s’empêcher de penser Madeleine. » Quant à Marina, que Michaël n’avait pas prévenue de l’arrivée de Samir, elle sort les griffes et montre très clairement sa déception et sa colère de devoir vivre avec un inconnu.

Madeleine décide de laisser toute cette agitation derrière elle. Guillerette et insouciante, elle referme la porte de l’appartement derrière elle, sort dans la rue, respire l’air, sourit et se met en marche vers la gare de Kievskaya. C’est le week end et il fait beau. Tout va bien !

 

Episode 4 – Un crime a été commis

 

Lundi matin, reposée de ce week end à la fraîche, Madeleine rentre à Moscou. En arrivant à la colloc, une véritable scène de joie de vivre l’attend. L’atmosphère s’est détendue. Marina s’est mis à parler à Samir, apparemment le week end a été propice au réchauffement des relations, même si on ressent encore les derniers petits soubresauts d’une récente guerre froide. « Amusant », se dit Madeleine. Elle demande alors à Valera et Ksenya quels sont leurs plans, s’ils ont trouvé un nouvel hébergement. Valera me soumet alors son plan : « Nous aimerions vraiment vivre ici, nous aimons beaucoup l’appartement. Alors on a tous parlé ensemble ce week end. Samir est prêt à dormir avec moi et Marina avec Ksenia, jusqu’au départ de Samir, donc pendant deux semaines. » Il est vrai que Michaël avait soumis l’idée qu’en revenant de vacances, il partirait sans doute de l’appartement. A ce moment-là, une chambre serait donc vacante. Et les deux Russes pourraient y emménager tranquillement. « Etrange mais soit ! », soupire Madeleine. Et chacun reprend ses occupations. C’est lundi, une nouvelle semaine commence et avec elle arrive la promesse de nouveaux rebondissements. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Madeleine range ses affaires et ne pense plus à cette situation étrange. Tout est bien qui finit bien, chacun va trouver sa place dans cette histoire. Le casse-tête franco-russo-tunisien va se résorber de lui-même. Tout en souriant, elle ouvre le tiroir de son bureau pour y ranger ses livres. Soudain, penchée au dessus du tiroir, elle stoppe net dans son mouvement. Son sourire s’efface, ses yeux s’agrandissent d’effroi, son cœur se met à cogner contre sa poitrine, ses mains deviennent moites, elle lâche ses livres… Les 450 euros de Samir ont disparu…

 

...

 

« Terrifiant », voilà le seul mot qui lui vient à l’esprit. Elle s’assied sur son fauteuil, ou plutôt s’y laisse tomber. Elle passe dans sa tête deux scénarios possibles : soit la perte, soit … le vol ! Elle pense en premier lieu à la perte. Elle se met alors à refaire tous les mouvements effectués juste avant son départ en week end. Puis elle fouille toute sa chambre. Le bureau ? Rien. L’armoire à vêtements ? Rien. L’étagère à médicaments ? Rien. Les chaussures ?  Rien. La poubelle ? Rien. Echec total. Anéantie, elle écrit à Marina qui se trouve alors au travail, pour lui demander si par hasard, elle lui aurait confié l’argent de Samir. Réponse négative. Elle pense alors aux deux Russes et leur écrit : « J’ai perdu l’argent ». Ceux-ci rentrent expressément de leur travail, surgissent dans l’appartement puis  dans ma chambre. Tableau très saisissant : Ksenya en larmes et en colère, Valera silencieux, et Madeleine paniquée. Pourquoi Ksenya est-elle donc en larmes ? Valera explique, penaud : « Mets-toi à sa place. Nous avons dormi dans ta chambre ce week end, pendant que tu n’étais pas là.  Si l’argent a disparu, tu vas sans doute penser que c’est nous qui l’avons volé. » Madeleine s’énerve à son tour. Et s’énerver en russe, c’est quelque chose. Monter le ton et accélérer le débit de paroles pour parvenir à s’énerver dans une langue étrangère, c’est vraiment quelque chose. Encore faut-il maîtriser cette langue étrangère en question, surtout quand c’est du russe… Bref. Le ton y est certes, mais la grammaire, quant à elle, est totalement absente. A la fin de la tirade de Madeleine, et dans un grand silence, les trois personnages présents sur la scène se regardent, l’une lançant des éclairs avec ses yeux noirs, l’autre reniflant et laissant apparaître des yeux interloqués au milieu de ses larmes et l’autre enfin le regard vide de toute expression. Madeleine n’a pas l’intention d’accuser qui que ce soit. Juste d’informer les collocataires pour qu’ils l’aident à chercher. Remontée contre la réaction des deux Russes, elle leur demande de quitter sa chambre et claque la porte derrière eux. Ultime affront pour un Russe. En effet, chez les Russes, les portes des chambres sont toujours ouvertes. Une porte fermée est le signe d’un conflit. Alors imaginez une porte claquée … Marina, à son retour du travail, éternelle optimiste et éternelle pacifiste, se montre persuadée de la présence des 450 euros dans la chambre de Madeleine, seulement trop bien cachés. « Cherche dans les chaussettes ! », suggère-t-elle à Madeleine. Lorsque Samir rentre le soir, Madeleine lui demande si par hasard il a repris l’argent. Réponse négative, bien sûr. Trop occupé à pavaner devant une nouvelle conquête et n’a que faire de l’argent. Il s’empresse de se préparer à sortir, assure Madeleine de sa confiance éternelle, l’encourage à mieux chercher l’argent, se cocotte et sans plus tarder, sort avec sa poulette de la soirée, des étoiles dans les yeux. Mais ça ne sert plus à rien de chercher. Devant l’absurdité de la situation et tant de réactions différentes, Madeleine décide d’aller s’aérer l’esprit. Elle appelle son amie Charlotte et décide de la retrouver dans le centre, près de la Place Rouge. Retrouvailles, promenade, Moscou by night. Madeleine finit par se convaincre qu’elle a dû cacher l’argent, seulement trop bien. Elle va rentrer, elle va chercher et évidemment elle va le trouver sous un livre, quelque part. Facile.

 

 

Episode 5 – Le coup d’état

 

 

Il est minuit. Madeleine rentre à Barrikadnaya, salue la grande tour stalinienne au passage, s’engouffre dans le petit immeuble et grimpe jusqu’au cinquième étage, décidée à retrouver l’argent. A peine la porte refermée derrière elle, elle se retourne et reste plantée sur le seuil de la porte, interloquée : Samir se tient debout devant elle, immobile, la mine déconfite et le regard vague. « Intrigant », se dit Madeleine. Au bout de dix secondes, Samir ouvre la bouche : « Ils ont pris ma chambre ».

C’est en observant la réaction des gens en pareilles situations qu’un observateur lambda peut voir si un expatrié a fait sienne la culture du pays dans lequel il vit. Observons Madeleine. Sortie de sa stupeur, elle entraîne Samir dans la cuisine sans mot dire tout en analysant silencieusement les dernières paroles de Samir pour tenter d’en comprendre le sens. « Ils ont pris ma chambre ». C’est le moment de boire du thé, grand moment dans la vie quotidienne russe. Les cieux peuvent se déchaîner, les flots peuvent déferler, les tempêtes de neige peuvent éclater, une chose au moins ne passe pas : le thé. Toujours sans mot dire, Madeleine fait chauffer de l’eau et prépare silencieusement un thé. Elle aurait eu en sa possession un samovar, c’est bien un samovar qu’elle aurait utilisé. Toujours est-il que le fameux rituel russe du thé aide beaucoup en pareil moment. Il détend les nerfs et aide à relativiser. C’est autour de ce thé que Samir raconte calmement, mais d’un calme blasé plus que parfaitement serein, ce qu’il s’est passé en l’absence de Madeleine. Les deux Russes ont accusé Samir d’avoir repris l’argent et, comme aucun document ne prouve ni l’appartenance de la chambre à Michaël ni la présence de Samir dans cette chambre pendant trois semaines, ils ont saisi l’occasion de s’approprier un nouveau territoire et ont sans plus attendre chasser Samir de sa chambre. Celui-ci, évidemment dépourvu de tout caractère,  n’a montré aucune forme de résistance et le putsch de chambre s’est plutôt facilement et agréablement déroulé. Bilan de la situation : Marina dort dans sa chambre, les deux Russes dans la chambre de Michaël. Et Samir, dont l’argent a disparu, est à la rue et actuellement avachi sur la chaise de la cuisine. «Je n’ai pas le choix, je dois dormir avec toi ce soir et demain on verra ce qui se passe. », parvient-il enfin à sortir non sans effort. « Hors de question ! » rétorque Madeleine, sans aucune peine quant à elle. « Ton argent a disparu dans ma chambre donc je me dois de t’aider : tu dors dans ma chambre ce soir, mais moi je vais chez mon amie. Par contre demain tu dégages. » Les effets du thé ne se font plus guère sentir. Madeleine tente alors de parler aux deux Russes qui ont pris la chambre de Samir d’assaut. Mais ne voulant guère rentrer dans la chambre en question, lieu d’un assaut imprévu, elle envoie juste ces trois mots expéditifs à Valera par sms : « Viens ici pour parler. » Elle apprendra plus tard, qu’une femme russe ne doit pas ordonner à un homme de « venir ici ». Aucune réponse donc. Madeleine sent sa colère monter, prépare quelques affaires, prend bien soin de ne rien laisser de valeur dans sa chambre et s’en va, tremblant d’indignation, chez son amie.

Mais impossible de dormir. Elle sait maintenant que l’argent n’a pas disparu, qu’elle ne l’a pas perdu mais que quelqu’un l’a volé. Toute la nuit durant prend place dans son esprit une véritable enquête. Le lendemain matin, le ventre noué et la mâchoire serrée, elle revient chez elle. Dans la cuisine, la guerre froide est à son summum. Tout le monde est réuni pour le petit-déjeuner. Les Russes parlent entre eux comme si de rien n’était. Samir a pris racine sur une des chaises et pas une seconde il ne lève les yeux, ayant depuis longtemps adopté l’attitude d’un enfant puni. « Horripilant », a envie de crier Madeleine. Au lieu de cela, elle lance un haut, fort et évidemment cynique : « Bien le bonjour à vous, charmants collocataires ! », auquel ceux-ci lui renvoient un oppressant silence et quatre paires d’yeux noirs lançant sur elle une salve de munitions invisibles. Le moment des explications est venu. Madeleine comprend alors la véritable nature de Valera et Ksenya. Il était temps. Ces deux-là ont bel et bien agi en voyoux, profitant de la situation pour mettre Samir à la porte et s’assurer un logement. La définition de « squatteurs ». Marina m’assure qu’un contrat vient d’être signé sur lequel figure son nom, celui de Ksenya et le mien. C’est la fête. Samir n’a plus qu’à faire ses valises. Quant à Michaël, prenant du bon temps parmi de belles Chinoises, quelle ne sera pas sa surprise en apprenant que lui aussi, on l’a mis à la porte et que son sous-locataire a été si maltraité !

Et entre temps, l’argent n’a toujours pas réapparu.

 


 

 

Episode  6 – De la fausseté du principe « ça ne pourra jamais être pire »

 

Madeleine rentre dans sa chambre. Elle est aussitôt suivie par Samir qui est persuadé dur comme fer que ce sont les deux Russes qui ont volé l’argent. Madeleine ne veut rien entendre. Il sort de la chambre, bredouille. Aussitôt après apparaît Valera, chargé d’un scoop : « Madeleine, c’est très bizarre, hier avec Marina, nous nous sommes servis de la machine à moudre le café (celle dont ils se servent régulièrement pour faire leur café turc) et nous y avons trouvé de l’argent ! Mais chut, Samir ne sait rien de tout ça. Seulement Ksenya, Marina, toi et moi. » … « Hilarant », pense Madeleine. Plus tard, une fois Samir parti pour de bon, la queue entre les jambes, les quatre collocataires se  réunissent dans la cuisine et Valera attrape la machine à café pour montrer à Madeleine  l’argent qui y git paisiblement. Tous regardent les billets, se regardent, regardent à nouveau les billets. Que faire ? A qui est cet argent ? Ils se regardent l’un l’autre à nouveau, mais cette fois avec suspicion. Toute la bonne humeur des premiers jours de la colloc a définitivement disparu. La méfiance est maintenant à l’ordre du jour. Michaël n’est au courant que de la disparition des 450 euros. Il ne sait rien de l’apparition magique de la deuxième somme d’argent. Il est prévu que Michaël rentre deux semaines plus tard pour récupérer ses affaires, sa caution qui est alors entre les mains des deux Russes, nouveaux occupants de sa chambre, et bien sûr, lâcher au passage une droite dans la figure de Valera. Peut-être l’argent de la machine à café est-il à lui. Il est donc convenu d’attendre son retour pour décider du sort de ces magnifiques billets … Si l’argent ne lui appartient pas, il est convenu que la somme ira à Samir.

La vie reprend son cours dans cet appartement où des choses apparaissent et disparaissent comme par magie. Quand Madeleine raconte cette histoire à ses amis, ceux-ci rigolent devant l’énormité des faits racontés. Un soir un de ses amis, après avoir écouté le récit des multiples rebondissements, convainc Madeleine de ne pas laisser l’argent dans la machine à café et de le mettre en lieu sûr dès maintenant. Alors Madeleine parle de ce plan à Marina et toutes les deux décident de s’emparer de l’argent, après avoir soigneusement vérifié que Valera et Ksenya ne sont pas là. Puis pendant que Madeleine fait le guet, Marina grimpe en haut d’un petit tabouret, tend le bras pour saisir la vieillerie, s’en empare, la dépose presque religieusement sur la table. Elle ouvre le petit tiroir. Elle s’arrête dans son mouvement et regarde Madeleine gravement. Madeleine la regarde gravement, devinant presque à l’avance les paroles que Marina va prononcer dans deux secondes. Les yeux de marina s’écarquillent comme pour faire une mise au point, elle lève les yeux vers Madeleine dont les yeux sont eux aussi immobiles et fixés sur le tiroir ouvert. « L’argent n’est plus là. » Comment réagir cette fois-ci ? Madeleine hésite entre mine blasée, éclats de rire, frissons de peur, et colère. Finalement elle sourit d’un petit air cynique, regarde Marina selon laquelle il n’y a aucun voleur dans l’appartement, comme pour lui dire : tu comptes toujours sourire aux deux voleurs qui nous tiennent lieu de collocataires, comme si de rien n’était ? Le lendemain, après de nombreux messages échangés en catimini entre Marina et Madeleine, il est convenu de tendre un piège à Valera et Ksenya et de les mettre devant le fait accompli : cela ne sert à rien d’attendre plus longtemps le retour de Michaël, il vaut mieux rendre l’argent dès maintenant à Samir, qui entre-temps, harcèle Madeleine de messages pour que les 450 euros lui soient rendus. Il s’agit là de voir la réaction de Valera au moment où on lui demandera de se saisir de la machine à café. Le lendemain matin, dès que Valera et Ksenya se rendent dans la cuisine pour prendre leur petit-déjeuner, les portes des chambres de Marina et Madeleine s’ouvrent presque simultanément. C’est l’heure de tendre un piège au loup qui se cache dans la bergerie. A la demande des deux filles, Valera s’arrête net dans ses mouvements, demande s’il faut vraiment maintenant rendre l’argent ou si cela peut attendre un peu. Madeleine quant à elle ne perd pas une de ses réactions, pas un de ses mouvements. Oui, il faut se saisir de l’argent maintenant. Alors, sûr de lui, Valera tend le bras vers la machine à café, s’en saisit, l’ouvre et très calmement déclare : « L’argent n’est plus là. » Et c’est tout. Aucune surprise, aucun esclandre, aucun commentaire.

Et alors, il est très intéressant d’observer tout ce petit monde rester calme, reprendre tranquillement le cours de sa vie respective, comme si de rien n’était. 450 euros ont disparu, 24000 roubles ont apparus comme par miracle dans une machine à café en haut d’une étagère pour ensuite en disparaître, un homme a été mis à la porte d’un appartement dont il a payé la chambre, et tous les habitants de cet appartement reprennent leurs rires et leurs habitudes, d’un commun et tacite accord. Tous ? Non. Madeleine quant à elle ne sait plus quoi penser. Mais de là à faire comme si de rien n’était, impossible. « Comment font ces gens ? », se répète-t-elle comme balancée malgré elle dans l’univers cynique du  « meilleur des mondes ». Dans un autre pays, en pareille situation, les collocataires se taperaient probablement tous dessus. Ici, aucune accusation lancée, que des regards baissés et des silences.

Finis les beaux jours des premiers temps de la colloc. Bonjour suspicion et faux sourires.

 

Episode 7. Représailles

 

La vie reprend son cours. Marina consulte discrètement Madeleine pour lui avouer ses doutes envers Valera et Ksenya. « Je pense que ce sont eux qui ont volé l’argent dans ta chambre ». Madeleine rigole.  Il serait grand temps de remettre en cause  l’honnêteté de leurs chers voisins. Entre-temps Michaël, hors de lui, ne connaît de toute l’histoire que la disparition de la première somme d’argent dans la chambre de Madeleine. Inutile de décrire sa rage et son impuissance, depuis la lointaine Chine, en sachant qu’un couple de voyoux russes a emménagé dans sa chambre et qu’il n’est pas sûr de se voir retourner sa caution. Car en effet, à Moscou, il est très courant que le nouvel arrivant dans l’appartement paie un loyer et une caution qui est l’équivalent d’un deuxième loyer. Ce deuxième loyer revient à celui qui part de l’appartement, en guise de caution rendue.  

Le mois d’août arrive. Alors que l’atmosphère est très tendue dans l’appartement, Madeleine quitte l’appart pour partir en vacances en Géorgie, voyage prévu depuis longtemps avec des amis, après avoir bien pris soin de ne rien laisser de valeur dans cet appartement où il se passent d’étranges phénomènes paranormaux. Quelques jours avant de rentrer de la douce Géorgie, Madeleine reçoit un message de Marina. C’est ainsi qu’entre la visite d’un monastère et d’une forteresse médiévale, elle apprend que Michaël est revenu de Chine, qu’il est  passé à l’appartement pour récupérer ses affaires et sa caution, que Valera et Ksenya ont refusé de lui rendre son argent. Evidemment. Sous prétexte que pour l’instant ils n’ont pas les moyens de le lui rendre mais que dans quelques jours, ce sera possible. Soit. Selon le récit de Marina, avant de partir, il s’est dirigé vers la cuisine dans l’espoir de récupérer l’argent qu’il avait caché auparavant dans  … la machine à café. Voilà. L’argent était donc à lui ! Pourquoi l’avait-il caché là ? Mystère… Devant l’absence de billets, il a demandé où était passé son argent. Ce à quoi les Russes ont répondu en un savant mensonge qu’ils n’ont jamais vu trace de l’argent. Alors Michaël, fou de rage et très lucide quand à la véritable nature des deux loustics, est reparti de l’appartement tout en emportant subrepticement avec lui d’importants papiers appartenant à Valera et Ksenya, dans l’intention de s’en servir comme outil de chantage pour pouvoir récupérer son argent. Un nouveau vol, donc. « Ubuesque », se dit Madeleine que l’on a forcée à quitter le magique univers géorgien le temps de lire le récit de Marina

A son retour à Barrikadnaya, elle n’adresse même plus la parole aux deux Russes. Une période de stagnation et de résistance passive s’installe alors. L’ambiance est lourde à l’appartement. Marina et Madeleine subissent de plein fouet la guerre qui a lieu entre Michaël et les deux Russes. On se croise, on sert les dents, on se lance des regards noirs chargés d’accusation et on s’ignore.

 

Episode 8 - Vandalisme à Barrikadnaya

 

Vers le 20 août, Madeleine doit rentrer un mois en France. Inquiète de laisser l’appartement en proie à la guerre froide, elle s’envole à bord de son avion en se demandant si à son retour ce ne seront pas les ruines de son appartement qu’elle retrouvera. Mais une fois en France, son angoisse a vite fait de s’évanouir lorsqu’elle replonge son nez dans les enivrantes flaveurs de fromage et de saucisson. Après avoir profité pleinement de la douceur de vivre française, elle rentre enfin à Moscou. Nous sommes en septembre. C’est déjà presque l’hiver à Moscou. Le ciel est gris, la température frôle les 10 degrés. Chargée de ses deux grosses valises remplies de saucisson et de fromage, Madeleine franchit la porte d’entrée de son immeuble, prend l’ascenseur toute tremblante de froid. Au moment où les deux portes de l’ascenseur s’ouvrent, son regard se fige. Décidément cet appartement sera le lieu de phénomènes fascinants. Cette fois-ci, c’est une véritable œuvre artistique qui l’attend. Deux immenses inscriptions russes ont été sauvagement mais habilement peintes en rouge sur les murs encadrant la porte : « des voleurs vivent ici ». De plus, rien ne semble plus faire office de serrure, la porte est ouverte et les câbles de la wifi ont été eux aussi peinturlurés en rouge et donc détruits. « Accueillant », se dit Madeleine, redoutant la situation à l’intérieur de l’appartement.

Puis elle finit par rentrer, toujours grelottant. Tout semble normal. Elle trouve Marina semblant toujours aussi résignée et forte, assise dans la cuisine, occupée à se faire une manucure. « Tout va s’arranger », assure-t-elle à Madeleine. Pour expliquer le pourquoi du comment de la scène de crime qui attendait Madeleine à son arrivée : Michaël, furieux de rage et ne pouvant récupérer son argent, est venu une nuit pour perpétrer un acte d’intimidation. Il a donc cassé la serrure, peinturluré les murs de jolies inscriptions incitant à la haine et coupé les fils de l’internet. Ni Marina ni Madeleine n’étaient là. Seuls Valera et Ksenya qui, paralysés de terreur, n’ont absolument rien fait pour empêcher Michaël de se défouler en toute impunité.
Madeleine quant à elle, est désormais bien décidée à quitter son appartement. Autour du thé, elle en parle à Marina. Une chose incroyable se déroule alors. Marina ouvre de grands yeux et demande à Madeleine la raison pour laquelle elle compte quitter l’apart. Elle s’exclame que certes, il y a des voleurs dans l’appartement mais que des voleurs, il y en a partout ! Voilà le grand « pragmatisme » de Marina.

Je vous épargnerai les derniers soubresauts de la fin de cette épopée : après avoir changé la serrure de l’appartement sans en donner les clés à Madeleine, après avoir tout fait pour persuader Marina que depuis le début c’est Madeleine la voleuse, Valera et Ksenya ont émis la théorie selon laquelle de toutes  façons tous les Français sont méchants. Mais finalement  Marina, voyant que Madeleine allait vraiment partir et ne voulant pas se séparer d’elle, a rassemblé toutes ses forces et a demandé à Valera et Ksenya de partir. Enorme revirement de situation.  La propriétaire, habitant en Lituanie, a donné son aval, et nos chers collocs russes, Ksenya et Valera, se sont trouvés dans l’obligation de quitter l’appartement…en « oubliant » bien sûr de payer l’argent dû.  



Episode 9 – Les beaux jours reviennent

 

Depuis le soir du départ de Valera et Ksenya, une chappe de plomb dont personne ne sentait même plus la présence, s’est dissoute. Marina et Madeleine ont trouvé une charmante nouvelle colloc, Anna et le champagne a été sabré, sous le regard solennel de la "Maison blanche" (le Parlement russe) et de l'hôtel Ukraine.

 

Finis les non-dits, les angoisses, les mauvaises ondes dans l’appartement, les apparitions et disparitions mystérieuses de sommes d’argent conséquentes. Michaël qui ne voulait s’en prendre qu’à Valera et Ksenya a arrêté de sévir. Quant à Valera et Ksenya, ils ont probablement trouvé un nouvel endroit où inspirer une jeune blogueuse étrangère avide d’aventures. Crimes, il y a eu. Châtiments, non. Mais tout le monde sait que quelque part une justice opère en silence.

Pour couvrir toutes les dépenses occasionnées par cette véritable épopée, les collocataires de Barrikadnaya bénéficient des recettes de l’activité touristique que tous ces événements ubuesques ont suscitée. On se bat à la porte de l’immeuble pour pouvoir visiter et humer l’ambiance qu’a pu laissé le déroulement de cette véritable comédie humaine à la Dostoïevski.

Quant à Madeleine, son russe s’est enrichi de nombreux nouveaux mots, tels « contrat », « voler », « mentir », déménager », « crétin », « paresseux », « serrure », « clé », « caution » et beaucoup d’autres encore. De plus, c’est dans pareilles circonstances que la nature humaine est à même d’être le mieux analyser. Alors imaginez-vous à quel point elle devient intéressante quand les sujets en question sont russes et donc soumis aux paradoxes de leur caractère...

 

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papounet 30/10/2016 10:16

Quelle histoire digne d'Agatha Christie ! J'ai été suspendu au récit tout au long de sa narration. Et c'est une histoire vraie et qui te concerne !
Bravo d'avoir pu la relater car l'aventure avait de quoi te décourager et le fait de l'écrire a dû te protéger.
Est-ce que tu as été touchée ? Comment ça va maintenant ?