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Из России с любовью / From Russia with love

L'auberge des trois Olga

L'auberge des trois Olga

Les auberges de jeunesse. Lorsque l'on débarque à l'étranger dans une ville totalement inconnue, une étape essentielle est probablement le séjour en auberge de jeunesse. En voici la preuve...
Après avoir fréquenté les auberges de jeunesse croates et espagnoles, je sais que chaque auberge est un monde à part où se rencontrent de nombreuses histoires différentes. Selon moi, les auberges de jeunesse riment avec voyage, sac à dos, tongues, farniente et bonne humeur. J'étais donc curieuse de voir à quoi peuvent ressembler les auberges de jeunesses dans un pays qui ne rime en rien avec roadtrip, backpacking, soleil, bronzage et vacances entre potes. Il y a dix jours, j'ai réservé sur Internet une nuit (d'essai) dans l'auberge Thomas Hostel, à l'ouest de Moscou, sur la couronne qui marque les contours du centre même de Moscou. Tout d'abord, impossible de trouver l'auberge. A Moscou, les adresses sont complexes et un étranger pourrait avoir l'impression que chaque adresse est un jeu de piste. Il y a d'abord le numéro de la rue, puis le numéro du bâtiment puis le numéro de l'entrée. Tout un rituel. Sachant que l'appartement se situe lui-même le plus souvent non pas dans la rue mais au sein d'une immense cours (les fameuses cours moscovites, двор). Pour compliquer la tâche encore un peu, aucune enseigne d'auberge de jeunesse.
Après trente bonnes minutes d'aller et retour dans la rue pour trouver la bonne adresse, je pousse enfin la porte de l'auberge. Je fais affaire avec une dénommée Olga pour régler mes nuits et visiter l'auberge. Au cours de la visite, je rencontre la deuxième administratrice de l'auberge, Olga, puis la troisième, ... Olga ! Pas de doute, je suis bien en Russie. Amusée, je ne peux m'empêcher de lâcher un petit gloussement. Je le ravale très vite, quand je vois la face impassible des trois Olga en face de moi.
Je peux enfin poser mes affaires dans une chambre où aucun bambin ne viendra me sauter dessus à l'improviste ! Pour l'instant, personne dans les couloirs. L'auberge semble dépeuplée. Peut-être que les auberges moscovites sont vides. Je m'installe alors dans la cuisine avec mon ordinateur et un thé. Le thé est devenu ma boisson de base. Arrive alors une jolie russe d'à peu près mon âge, Anna. A son sourire étonné et amusé, je comprends qu'elle a compris...que je suis étrangère. Nous engageons la conversation tout en partageant le rituel du thé. J'apprends qu'elle vient de Sibérie et qu'elle a vécu à Sotchi, la ville du soleil et des palmiers. De fil en aiguille, nous parlons de l'auberge et de ses habitants. Elle m'explique que la plupart des personnes qui logent à l'auberge y vivent également ! Ce sont en général des trentenaires qui ne sont pas originaires de Moscou mais qui y viennent la semaine pour travailler. Ils ne peuvent se permettre ni un loyer à Moscou ni un véritable hôtel. J'ai l'impression qu'à Moscou, les auberges font office d'hôtel. Les tarifs de l'hôtel standard sont vite très élevés. Le soir même, je rencontre donc les habitants de l'auberge, du moins quelques-uns.
Serioja (Serge), vient d'Ukraine et cherche un travail. Situation amoureuse : sort avec une bimbo russe tout droit sortie d'un clip commercial, dont il nous montre fièrement les photos (hallucinantes). Il se ballade toujours dans l'auberge avec une bière à la main. Dort le jour. Sort de sa chambre vers 20h et erre dans l'auberge la nuit.
Sacha (diminutif de Aleksandre). Manager. Un vrai ours russe. C'est comme ça que je l'appelle d'ailleurs (medved). Parle à peine. Boit beaucoup. Le troisième soir, sans que je comprenne pourquoi, il est arrivé dans la cuisine et m'a claqué un gros "high five" accompagné d'un grand sourire et d'un éclatant Privet. L'ours était enfin apprivoisé.
Pacha (Pavel). Je ne sais toujours rien de lui. Un vrai ours russe lui aussi. Alimentation : du chou et des pommes de terre.
Youlia. Une babouchka qui vient à Moscou pour rendre visite à son petit-fils. N'a commencé à me parler qu'aujourd'hui ! Alimentation : oeufs, kefir (produit laitier russe) et blé en céréales.
Je vous ai décrit là les "piliers" de l'auberge. Il y a aussi Sakin qui vient d'Azerbaïdjan et son ami qui vient d'Ossétie du nord.
Anna quant à elle m'a totalement "séduite". Grands cheveux blonds ondulés, pommettes hautes, yeux bleus, vous l'aurez deviné. Elle est la Russe parfaite. L'observer, c'est comprendre la façon de penser et d'agir des femmes russes. Dès qu'elle sort - ne serait-ce que pour acheter du lait- c'est à chaque fois vingt minutes de préparation. Ici, la femme doit être parfaite. Maquillage sophistiqué, tenue élégante, chaussures à talons, cheveux apprêtés. La féminité atteint des sommets inégalables. L'autre jour est arrivée dans la chambre une nouvelle personne, une vraie poupée russe, brune aux grands yeux bleus, Roxana. Pendant que j'étais allongé sur mon lit en train de bouquiner, vêtue d'un simple jean et d'un pull, je la voyais se préparer à côté de moi pour retrouver son fiancé. Le tout a duré deux heures, sans exagération aucune. Pédicure, manicure, coiffure, et tout le tralala. Sans compter le blanchissement des dents ! A sa question d'une innocente curiosité : "Vous aussi les Françaises, vous prenez soin de vous comme les femmes Russes ?", je me suis empressée de répondre, aussi crédible que possible : "Ho oui oui bien sûr, tu sais là je suis en jean mais c'est parce que je suis à l'auberge, sinon bien sûr je fais comme toi !". No comment. Anna m'a fait découvrir les spécialités russes. Le litcho, une sorte de confits de tomates et de poivrons dans une sauce absolument délicieuse, le xolodiets, une espèce de bouillon de viande tout à fait savoureux, et le fameux kacha, une purée de céréales avec du lait. En échange, je lui ai fait goûter du fromage et de la baguette français. Oui ! Pour mon plus grand bonheur, j'ai trouvé la perle rare : un magasin plutôt chic et cher (pour les Moscovites) où se vend, entre autres, du fromage français. J'y vais spécialement et je n'y achète que mon petit bout de fromage et ma baguette. Restons français !
Ici dans cette auberge, je ne parle pas un mot de français, sauf quand Serioja et Sacha me demandent de leur apprendre quelques insultes en français. C'est donc la totale immersion, pour mon plus grand bonheur. L'auberge des trois Olga, comme je l'appelle, c'est un peu le pendant de l'Auberge Espagnole. Moins folklo. Un peu plus rustre. Mais un vrai microcosme russe, ça c'est sûr.

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papounet 01/06/2016 21:46

Bravo ! Quelle bonne surprise ! L'auberge des 3 Olga, il faut le faire ! C'est très intéressant, bon courage pour la suite !